Chanteur champs-timental // 22 avril 2008

Grégory, chanteur champs-timentalDepuis ses Combrailles, Grégory écume les scènes avec ses chansons d’amour « qualité France »

Paysan, chanteur, chauffeur de car, musicien, écorché vif, mélancolique, rigolo et gentiment désuet, Grégory Perrier est un sacré mélange. Il écume les petites scènes, sort des disques, adore Hervé Vilard. Perrier, c’est fou.

« Vous devez vous dire que vous êtes tombé sur un cas, non ? » Bon, puisqu’il le reconnaît lui-même, allons-y : Grégory Perrier est un cas.
Vanter les mérites vocaux de Michel Sardou et afficher des portraits d’Hervé Vilard dans sa chambre, quand on a 23 ans en 2008, n’est ce pas étrange, ça ?

Quand le reste de la jeunesse n’a d’oreilles que pour Christophe Wilhem, Luke ou Diam’s ? Tout de même, un petit effort, mon garçon ! Deux minutes de Britney Spears ? « Non, je ne peux pas décrocher. Je n’y arrive pas. Ceux que j’aime, ce sont ces chanteurs français, ces voix, ces textes. Le reste, ça ne me branche pas ».

 

Et il part dans un grand rire dont il a le secret.
Tout juste concède-t-il un Cabrel, un Bruel, et même un Cali (« encore que je n’aime pas trop la musique ») pour faire plaisir à l’intervieweur. Ça s’arrêtera là. Lenorman, Lama et Barbelivien, il assume tout. Mieux, il le chante. Leurs textes à eux, et les siens, il les emmène en concerts, écumant l’Auvergne, pointant jusqu’en Isère.
Une centaine de salles en cinq ans.

Avec Natalino (batterie), Thierry (guitare) et Michel (basse), qui l’ont rejoint ces dernières années. Le gaillard sympa de Cisternes-la-Forêt (près de Pontgibaud) gratouillait déjà la guitare à 14-15 ans. C’est vers 18 ans qu’il s’est mis à écrire. Avec pour déclencheur un accident de la vie que, par pudeur, il ne détaille pas.

Il a travaillé sa voix à la Sardou, appris tout seul la guitare et les claviers, puis s’est lancé vers la scène, « qui m’a toujours attiré ».
La première, ce fut au lycée professionnel de Rochefort-Montagne. Puis il y eut les marchés de terroir, enfin les premières parties des tournées locales de Stone et Charden (« 8.000 personnes à Gelles, c’était génial ! »), Peter et Sloane, Nicolas Peyrac, François Feldman, Richard Antony...
Les samedis et dimanches, il côtoie les stars. La semaine, les charolais de la ferme de papa.

Des planches au plancher des vaches, tout ça dans un grand éclat de rire. Car Grégory ne se prend pas au sérieux. « Je suis très bien, chez moi, avec mes petits cars (il assure le ramassage scolaire matin et soir) et mes petites vaches.

Vivre de la musique ? Ça me fait peur. Je ne cherche pas à faire le Zénith ». Mais bon, s’il pouvait « se faire un nom » il serait le plus heureux des crooners.
Peut-être même qu’il ferait une chanson gaie. Car Grégory, tout de noir vêtu, est plutôt du genre mélancolique. Surtout lorsqu’il écrit sur les filles. « On est toujours déçu. Elles partent toujours ! » Comme dans les chansons de ses maîtres à chanter. Ses blessures d’amour se cicatrisent sur le papier, en textes simples, en rimes automnales où la fille « la plus jolie » est « devenue un regret ». Tristounet, Grégory ? « Je peux vous dire qu’en tournée, avec le groupe, on ne pleure pas ! » contredit ce grand inquiet, ce rigolo angoissé. Ce « cas ».

 

Jean-Louis Mercier (La Montagne - 22/04/2008)