Grégory, Chanteur-agriculteur au grand coeur
Grégory Perrier, c'est un peu la personne aux multiples visages. Il y a le côté pile, où le jeune homme enfile son costume de scène et chante dans les salles de concert régionales. Et le côté face, quand il prend la casquette de chauffeur de car ou celle d'agriculteur qui bichonne ses bêtes. À seulement 23 ans, le garçon est en train de réaliser un sacré tour de force : se produire sur la scène de la Maison de la culture de Clermont-Ferrand, samedi 21 février, à 14 h 30.
« Quand j'étais au lycée, avec ma classe nous allions souvent au Festival du court-métrage à la Maison de la culture. Et mes collégues me disaient :
"Si tu fais cette salle, ça voudra dire que tu es un bon". C'est là que je me suis dit qu'il fallait que je monte sur cette scène. C'est devenu un rêve. »
Fils et petit-fils d'agriculteurs, le jeune homme est très vite attiré par la musique. À tel point qu'il se met à jouer de la guitare et du piano, Un jour de bal de Noël à son lycée agricole de Rochefort-Montagne, c'est le déclic: « Nous avions monté un groupe avec mes copains de classe. Il y avait un chanteur, un batteur, mais il manquait un pianiste et un guitariste. J'ai fait les deux. »
Il monte pour la première fois sur scène et sent qu'il a « la musique dans la peau. Je pouvais enfin exprimer ce que j'avais dans le cœur. Le chant est venu après. Quand j'ai vu d'autres collègues chanter, je me suis dit : pourquoi ne pourrais-je pas faire aussi bien qu'eux ? », Si bien que le bal de Noël suivant, le guitariste-pianiste devient chanteur. « Ça m'a fait un bien fou. J'avais ce besoin de chanter ; il m'était arrivé tant de bazar ».
Son style en impose, sa voix interpelle, son charisme rassure. C'est donc tout naturellement que Grégory Perrier découvre, à 17 ans, les scènes régionales, « J'ai commencé par la première partie de Stone et Charden à Gelles, devant 8 000 personnes. Ça a été la consécration ! »
Durant deux ans, il collectionne les premières parties (François Feldman, Richard Anthony, Peter et Sioane, Les Vagabonds ... ), mais aussi les marchés et les fêtes de village.Gest aussi là qu'il croise pour la première fois celui qui deviendra son ami et mentor, Hervé Vilard.
« À un moment donné, j'en ai eu marre de tout cela. Ras-Iebol des premières parties, des producteurs, des mecs qui se moquent de moi. Et, surtout, je ne me reconnaissais plus. Je ne faisais pas de la musique. Je faisais qu'apporter mon CD à la régie et chanter par-dessus. Ce n'était pas un concert mais du chant. Alors, j'ai fait une longue coupure. »
Il décide de tout lâcher pour se concentrer sur ses études. Mais un événement va venir changer ses plans : son grand-père décède. « Je venais d'avoir 19 ans et il a fallu que je reprenne la ferme familiale. Il fallait que je concilie mes études et la ferme avec 40 mères allaitantes. C'était trop difficile, alors je n'ai pas passé mon bac pro. Je me suis quand même dit, qu'il fallait que je fasse autre chose à côté. J'avais pensé reprendre la musique, mais je n'allais gagner presque rien. Alors, j'ai passé mes permis de conduire, et je suis entré au ramassage scolaire du collège de Pontgibaud. »
Entre le transport scolaire et l'exploitation, il trouve encore le moyen de se pencher sur l'écriture de chansons. « J'ai commencé par faire un album de dix textes. Mais je n'ai pas voulu reprendre la chanson. Je me suis dit que je ne réattaquerais que lorsque j'en aurais envie. »
Un chagrin d'amour aura raison de sa pause. « C'était il y a un peu plus d'un an. J'ai repris à fond. J'avais trop besoin de dire ce que j'avais sur le cœur et de faire voir qui j'étais vraiment. J'ai donc monté mon propre groupe. »
Grégory Perrier reprend les classiques de ses idoles : Michel Sardou, Hervé Vilard, Serge Lama, C. Jérôme, Joe Dassin... « C'est la musique qui me plaît. J'ai essayé d'écouter du jazz ou de la musique classique, mais je n'ai pas le même feeling. Quoi de mieux que la variété pour exprimer l'amour ? »
C'est sûr, nous avons en face de nous un drôle de phénomène : « Je m'aperçois que je suis différent des autres. Un gars de mon âge ne vit pas comme je vis aujourd'hui. Ils n'ont pas des posters d'Hervé Vilard ou de Sardou dans leur chambre, et ils n'écoutent pas des 33 tours. Je vois bien que ce que je chante a trente ans de décalage. Mais, bon, je me dis que la musique n'a pas d'âge, je fais cette musique parce qu'elle me plaît et qu'elle a une âme. Et puis, ce n'est pas si démodé, puisqu'il y a des jeunes dans mes conçerts ! ».
Il est vrai que ses salles de spectacle sont de plus en plus rempiles. Et c'est sûrement parce que le jeune homme touche par sa simplicité : « Je vais vous dire un truc : mon meilleur souvenir sur scène, c'est quand il y a une coupure électrique ! Sur le moment, ce n'est pas drôle, mais, après, cela te laisse le temps de parler au public, de sortir des conneries et de les faire rire ! »
Avec deux concerts par mois, « et d'autres qui vont arriver », Grégory Perrier a de moins en moins de temps à consacrer à ses autres activités. « Maintenant, ça coince un peu. Je pense que je vais me tourner
vers une exploitation sans animaux. Je me consacrerai à la production fourragère et je bosserai plus les chansons. » Sans jamais lâcher ce qui le rapproche de sa terre : « Je garderai mon exploitation. D'avoir tout cela quand je rentre d'un concert, ça me remet les pieds sur terre. »
C'est sans doute grâce à cette philosophie que le jeune homme va réaliser son rêve, samedi 21 février, en chantant à la Maison de la culture, « dans la salle Jean-Cocteau, la grande avec 1500 places », s'enthousiasme-t-il. « Ca va être ma première très grande salle. Mais je me suis battu pour l'avoir ce concert. J'ai fait beaucoup de sacrifices : je ne suis pas allé faire la fête pour être en forme le lendemain à un concert, je me suis imposé une hygiène de vie, je fais attention aux coups de froid... Et puis, si j'en suis là aujourd'hui, c'est aussi grâce à mon père. Il m'a tout le temps tenu la baraque. Il m'a permis de rester lucide. Il a toujours été présent et il faut qu'il soit encore là ! »
Article de Jean-Baptiste Botella